Chaucidou : connaissez-vous cette route qui n’a plus de ligne blanche au milieu ?
Une seule voie centrale pour les voitures, deux bandes latérales pour les vélos : le chaucidou bouscule nos habitudes de conduite et se déploie de plus en plus sur les routes secondaires françaises. Voici comment il fonctionne, d’où il vient, et pourquoi vous allez sans doute en croiser un bientôt.
Connaissez-vous le chaucidou ? Si le mot vous est étranger, la route, elle, ne le restera peut-être pas longtemps : de plus en plus de départements transforment leurs axes secondaires trop étroits en chaussées à voie centrale banalisée. Une seule voie au milieu pour les voitures, deux bandes latérales pour les cyclistes et les piétons — et une nouvelle façon de rouler qui demande un temps d’adaptation.
Le chaucidou, qu’est-ce que c’est exactement ?
Le terme chaucidou est une contraction familière de « chaussée à circulation douce ». Il désigne officiellement une chaussée à voie centrale banalisée (CVCB) : un aménagement routier où la ligne blanche médiane classique disparaît au profit d’une unique voie centrale, empruntée à double sens par les véhicules motorisés, encadrée de part et d’autre par deux bandes réservées aux cyclistes, et parfois aux piétons.
Concrètement, quand la route est dégagée, chacun roule à sa place : les voitures au centre, les vélos sur le côté. Le changement intervient au croisement : faute de place pour deux véhicules côte à côte, les automobilistes doivent se déporter temporairement sur la bande latérale, à condition qu’aucun cycliste ne s’y trouve.
D’où vient ce dispositif ?
Le concept n’est pas né en France. Il s’inspire du Kernfahrbahn, un aménagement déjà répandu en Suisse et aux Pays-Bas depuis plusieurs décennies. C’est un ingénieur allemand, Werner Ried, qui aurait formalisé le principe au début des années 2000, avant qu’il ne traverse la frontière et s’adapte au réseau routier français, notamment sur les routes départementales trop étroites pour accueillir une piste cyclable classique.
Comment se comporter face à un chaucidou ?
La règle tient en trois situations, que tout conducteur croisant un chaucidou pour la première fois a intérêt à connaître avant de s’engager :
Les trois scénarios de circulation
Pour les cyclistes, la logique est plus simple : ils restent sur leur bande, à droite, derrière la ligne discontinue qui la sépare de la voie centrale. Piétons, cyclomoteurs et scooters suivent généralement les mêmes règles que les vélos sur ces aménagements, tandis que les motos sont soumises aux mêmes règles que les automobiles.
Pourquoi ce type d’aménagement se développe
Le chaucidou répond à un problème très concret pour les collectivités : que faire d’une route rurale ou périurbaine trop étroite pour accueillir une piste cyclable séparée, sans pour autant abandonner les cyclistes à la circulation générale ? En redistribuant l’espace disponible plutôt qu’en l’élargissant, ce dispositif permet de sécuriser un tracé à moindre coût, sur des portions généralement courtes et à vitesse limitée, le plus souvent en zone 30.
Chaque nouveau chaucidou fait en principe l’objet d’une phase d’expérimentation de plusieurs mois avant d’être pérennisé si les résultats sont concluants. Et selon les retours d’expérience communiqués par plusieurs départements, ces aménagements n’entraînent pas de hausse constatée des accidents, malgré l’appréhension initiale que peut susciter l’absence de ligne médiane chez certains usagers.
Les limites à connaître
- Moins adapté aux axes à trafic très dense, où les croisements deviennent trop fréquents pour fluidifier la circulation.
- Le stationnement sauvage sur les bandes latérales peut obliger les cyclistes à se rabattre sur la voie centrale, créant des situations dangereuses.
- Une phase d’adaptation est nécessaire pour les conducteurs peu familiers avec ce type de marquage au sol.
Chaucidou ou CVCB : une question de nom
Sur le terrain, l’appellation officielle tend à évoluer. Plusieurs collectivités désignent désormais ce type d’aménagement uniquement sous le terme chaussée à voie centrale banalisée, le mot « chaucidou » restant employé dans le langage courant et sur les supports pédagogiques. On trouve aussi parfois l’orthographe « chaussidou », les deux graphies coexistant selon les départements.
Où en croiser près de chez vous ?
Le dispositif se multiplie sur l’ensemble du territoire, aussi bien en zone rurale qu’en milieu urbain. Des expérimentations ont notamment été menées par le CEREMA sur un boulevard urbain à fort trafic dans le Pas-de-Calais, ainsi qu’en zones rurales en Isère et dans l’Hérault. Plusieurs départements, dont la Savoie, la Loire-Atlantique et l’Essonne, ont depuis généralisé ce type d’aménagement sur leurs routes secondaires, et de nouveaux chantiers continuent d’ouvrir en 2026.
Questions fréquentes sur le chaucidou
Le chaucidou est-il obligatoire pour les cyclistes ?
Les cyclistes sont généralement invités à circuler sur la bande latérale qui leur est dédiée, mais ils conservent le droit d’emprunter la voie centrale comme tout véhicule, notamment pour dépasser un obstacle.
Que faire si je ne vois pas de cycliste mais qu’un véhicule arrive en face ?
Chaque conducteur se déporte sur sa bande latérale le temps du croisement, avant de revenir naturellement sur la voie centrale.
Un chaucidou est-il toujours limité à 30 km/h ?
Ce n’est pas systématique, mais la plupart des aménagements existants se situent sur des portions à vitesse réduite, souvent en zone 30, pour renforcer la sécurité du croisement.
Sources
- Conseil départemental de l’Essonne — Chaussées à voie centrale banalisée (chaucidou), essonne.fr
- Département de la Loire-Atlantique — Les chaussées à voie centrale banalisée, loire-atlantique.fr
- Savoie.fr — Comment fonctionne la chaussée à voie centrale banalisée, savoie.fr
- Mairie de Couëron — La chaussée à voie centrale banalisée (chaucidou), ville-coueron.fr
- Ornikar — La chaussée à voie centrale banalisée, ou « chaucidou », ornikar.com
- Grand Chambéry — Le chaucidou arrive dans les Bauges, grandchambery.fr
