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Mars : la NASA allume un moteur au lithium 25 fois plus puissant que ses propulseurs actuels
Au Jet Propulsion Laboratory, un prototype de propulseur électromagnétique alimenté au lithium a atteint 120 kilowatts lors de ses premiers essais. Une étape clé dans la course à la propulsion nucléaire-électrique, brique technologique jugée indispensable pour envoyer un jour des astronautes vers la planète rouge.
Un pas de plus vers Mars a été franchi en Californie. Au Jet Propulsion Laboratory (JPL), le centre de recherche de la NASA géré avec le Caltech, une équipe d’ingénieurs a testé avec succès un nouveau type de moteur électromagnétique fonctionnant à la vapeur de lithium. Réalisé le 24 février 2026 dans l’enceinte spécialisée CoMeT (Condensable Metal Propellant Vacuum Facility), cet essai marque le plus haut niveau de puissance jamais atteint par un propulseur électrique testé aux États-Unis.
Un propulseur né dans les années 1960, ressorti des cartons
Le principe du moteur magnétoplasmadynamique (MPD) n’est pas nouveau : la technologie avait été explorée dès les débuts de l’exploration spatiale, avant d’être mise de côté faute de moyens suffisants pour l’exploiter pleinement. Le JPL l’a relancée depuis deux ans et demi, en partenariat avec l’université de Princeton et le centre Glenn de la NASA à Cleveland, dans le cadre du programme Space Nuclear Propulsion, piloté par le centre Marshall à Huntsville, en Alabama.
Le fonctionnement repose sur un principe simple dans son énoncé, complexe dans sa mise en œuvre : un courant électrique de très forte intensité interagit avec un champ magnétique pour accélérer un plasma de lithium métallique, générant une poussée continue. Contrairement aux moteurs chimiques classiques, cette propulsion électrique consomme jusqu’à 90 % de propergol en moins, ce qui allège considérablement la masse des vaisseaux et réduit les coûts de lancement.
120 kilowatts, un record américain
Au cours de cinq allumages successifs, le propulseur a atteint 120 kilowatts, soit environ 25 fois la puissance des moteurs électriques équipant actuellement la sonde Psyche, l’un des vaisseaux les plus avancés de la NASA en la matière. James Polk, chercheur senior au JPL et spécialiste du sujet depuis plusieurs décennies, notamment sur les missions Dawn et Deep Space 1, a salué une double réussite : la preuve que le moteur fonctionne, et l’atteinte des niveaux de puissance ciblés dès ce premier essai.
L’objectif affiché par l’équipe est désormais de faire grimper la puissance unitaire de chaque propulseur entre 500 kilowatts et 1 mégawatt dans les prochaines années. Un chiffre à mettre en perspective avec les besoins réels d’une mission habitée vers Mars, estimés entre 2 et 4 mégawatts, ce qui suppose de combiner plusieurs moteurs MPD capables de fonctionner en continu pendant plus de 23 000 heures.
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Date du premier essai | 24 février 2026 |
| Puissance atteinte | 120 kilowatts |
| Comparaison | ~25 fois la puissance des moteurs de la sonde Psyche |
| Température de l’électrode | Plus de 2 800 °C |
| Objectif de puissance futur | 500 kW à 1 MW par moteur |
| Besoin estimé pour Mars habité | 2 à 4 mégawatts |
Pourquoi le nucléaire est indispensable
Un tel niveau de puissance ne peut pas être alimenté durablement par des panneaux solaires classiques, dont le rendement chute mécaniquement à mesure que le vaisseau s’éloigne du Soleil. C’est pourquoi la NASA développe en parallèle un réacteur à fission compact, conçu pour fournir l’électricité constante nécessaire à plusieurs moteurs MPD fonctionnant simultanément sur de longues périodes. L’association des deux technologies, un réacteur nucléaire couplé à des propulseurs électromagnétiques, forme ce que l’agence appelle un système de propulsion nucléaire-électrique.
Interrogé sur cette avancée, l’administrateur de la NASA Jared Isaacman a estimé que ces résultats témoignaient d’une progression réelle vers l’objectif d’envoyer un astronaute américain fouler le sol martien, rappelant que l’agence continue de faire de Mars une priorité malgré la multiplicité de ses chantiers.
Une course également géopolitique
Cette accélération technologique s’inscrit dans un contexte de compétition internationale. La Russie avait déjà développé, à l’Institut de Troïtsk, un moteur à plasma affichant 300 kilowatts destiné à des missions vers Mars, tandis que la Chine affiche elle aussi des ambitions martiennes affirmées. Du côté du secteur privé, des équipes comme celles de Pulsar Fusion explorent par ailleurs la piste de la fusion nucléaire pour des propulsions encore plus rapides, avec l’objectif de réduire drastiquement la durée d’un aller-retour vers la planète rouge.
Reste que le chemin est encore long avant tout vol habité : la prochaine étape pour l’équipe du JPL consistera à démontrer que les composants du moteur peuvent résister à des milliers d’heures d’utilisation continue, une condition indispensable avant d’envisager une intégration à un vaisseau réel.
- NASA/JPL, « NASA Fires Up Powerful Lithium-Fed Thruster for Trips to Mars », jpl.nasa.gov
- Heise Online, « NASA tests lithium thruster: Milestone for manned Mars missions? »
- ScienceDaily, « NASA just tested a powerful new thruster that could send humans to Mars »
- Journal du Geek, « Un moteur nucléaire pour aller sur Mars ? La NASA y croit plus que jamais »
- Generation-NT, « La NASA teste un propulseur au lithium 25 fois plus puissant pour aller sur Mars »








